lundi 30 juin 2008

Prière pour Dawn, par Nathan Singer


Nathan Singer joue (dit? vit? en tout cas ne lit pas) un extrait de Prière pour Dawn, à paraître le 25 août 2008. Aperçu d'un livre — et d'un auteur — hors normes...

« JOEY SPITFIRE NE VIT JAMAIS le monde en flammes. Ni les avions percuter les tours du World Trade Center. Il manqua la parano de l’anthrax. Il ne vit jamais les bombes larguées sur l’Afghanistan et partout ailleurs. Il ne vit jamais l’afflux d’escrocs à la petite semaine marqués de petite vérole dans les pénitenciers du pays. Il ne vit jamais les camps d’internement. Les mises en détentions. Les interrogatoires. Les tribunaux. Il ne vit jamais cette guerre absolument nécessaire et absolument impossible à gagner. Une guerre sans fin. Il vécut dans un monde d’une futilité insensée. Un monde qui n’avait pas perdu son sang-froid. Un monde froid. Le monde de l’ironie qui sonne creux. Il mourut avec ce monde-là. »

Dans ce monde chaotique, au milieu d’adultes à la dérive, jaillit la voix innocente de la petite Dawn, neuf ans, dont la vie bascule le jour où son père est accusé d’incitation à la pédophilie.
Roman choral, fresque noire et poétique, Prière pour Dawn est le portrait hanté d’une Amérique qui perd ses illusions en même temps qu’une enfant.

Romancier, musicien et performer, Nathan Singer, trente ans, vit à Cincinnati. Prière pour Dawn est son premier roman.

Traduit de l'anglais par Laure Manceau, 18 euros

vendredi 20 juin 2008

Ce soir on regarde la télé...



... et on se branche sur "Tracks" (Arte, 22 h 35), qui diffuse l'interview de Kriss Vilà réalisée à l'expo "Des jeunes gens modernes".
Pour en savoir plus c'est par ici.

dimanche 15 juin 2008

Mise en bouche : le début d'Une saison de scorpions

Ce message s’autodétruira dans trente secondes

Devant moi, la route serpentait légèrement et retrouvait aussitôt sa forme de reptile paresseux. Le jour commençait à poindre, un vrai cadeau après avoir conduit plus de quinze heures depuis l’autre extrémité du pays.
Quelques heures auparavant j’éclusais des bières au Caracol, un petit bar de routiers dans le centre de Monterrey, le genre d’endroit où les chauffeurs de poids lourds viennent impressionner leurs frères cadets des taxis et des minibus avec un tas d’histoires routières.
Je prenais un peu de repos. Ça faisait quelque temps déjà que je ne travaillais plus. Et ne le voulais pas.
J’avais fait des bricoles. Garde du corps d’un chef d’entreprise à Morelia, videur dans un téibol de Reynosa. Que des conneries.
Je me faisais vieux ; dans ce genre de travail, les croulants n’ont pas leur place.
Ça faisait deux jours que j’étais dans la Pensión de la Jefa, à deux blocs de la Macroplaza, là où les nouveaux riches n’ont pas encore réussi à remplacer le vrai visage de la ville par cette face de gringa fardée qu’ils veulent lui imposer.
- Qu’est-ce que tu fabriques, Güero ma fripouille ? elle m’a lancé en me voyant entrer.
- Vous voyez, Jefita, je m’balade.
Je venais de Lerdo. De chez moi. Des potes qui possédaient des coqs de combat m’avaient demandé de les accompagner à la foire de San Marcos. Parce que c’était lui. « Simple précaution, Güero, on n’sait jamais », m’a dit le Checo.
Simple précaution.
Je le connaissais depuis tout petit. Nous avions grandi ensemble. Il était marié avec la Lola. C’est ce qui l’a calmé. Sinon, il serait déjà mort.
Ils s’étaient embarqués dans cette affaire de coqs après leur mariage. Il leur arrivait de gagner beaucoup d’argent. Parfois, ils perdaient tout. La dernière fois, ils avaient fait l’acquisition d’une maison close, dans le centre de Lerdo.
« Mais faut pas toucher à la marchandise, Checo mon cochon », lui disait Lola. Le couillon se marrait. Lola vivait sur place pour s’occuper du Négoce.
Avec mon petit camarade on ne sait jamais. Surtout quand il est beurré. C’est comme ça qu’un jour, à cause de ses conneries, nous avons dû nous tirer d’Aguascalientes en quatrième vitesse.
Il s’est mis à picoler avec des narcos. Et ils ont commencé à taper le carton.
- Eh, mon pote, t’es en train de jouer avec le feu, je lui ai dit.
- Cette partie je la gagne, mon collègue, tu vas voir, il m’a répondu déjà à moitié bourré.
- Mais t’es con ! tu as déjà perdu la chignole.
- Avec celle-ci je vais me refaire, Güero, m’emmerde pas.
Je me voyais déjà retourner à Lerdo en stop. C’était la maison close de Checo contre la poule du narco.
- Fais pas le couillon, mon pote !
- Oh, la ferme et vise ça.
Il a abattu un huit. Le narco un as. Le jeu est pour le Checo.
C’est alors qu’ils nous sont tous tombés dessus.
Tout en grognant il a fallu que je sorte la pétoire.
J’ai bien dû descendre deux de ces enfoirés. C’était eux ou nous. Dans la cantina les mecs se sont écartés illico. On en a profité pour prendre la fuite.
- Sacré Güero, je t’en dois une… a balbutié le Checo dans la chignole, une fois dissipées les vapeurs des vingt bières et du litre de tequila. On venait de dépasser Sombrerete.
- Tu m’en dois plusieurs, crapule.
Quand Lola a ouvert la porte, à Lerdo, elle m’a fait une tronche comme si c’était moi qui étais beurré. Ça m’a mis en boule et j’ai lâché la masse du Checo qui a atterri par terre comme un cochon mort.
- Je te l’laisse là, je lui ai dit tout en allumant un Príncipe. Aujourd’hui il a fait très fort dans la connerie.
Il y a des types comme Checo qui s’en tirent à tous les coups, quoi qu’ils fassent, il y a toujours quelqu’un pour sauver leur peau. Il y a toujours une femme qui les attend à la maison.
Et il y a des connards comme moi.
Avec l’argent que mon pote m’a refilé je suis allé à Monterrey. Je voulais passer quelques jours incognito à la Sultana, en attendant que mes macchabées refroidissent. En passant, je comptais me farcir une belle épaule d’agneau.
Mais putain, je n’ai même pas pu aller au « Rey del Cabrito » parce que je me trouvais encore au Caracol quand j’ai vu entrer un gamin crasseux, la vraie fripouille. Un ramassis de vices. Il y en avait de plus en plus des comme lui dans les grandes villes. Dans les petites aussi.
Il n’a pas hésité, il s’est dirigé à ma table et s’est assis. Comme ça, sans rien demander, avec des yeux de dingue total.
- Eh, c’est quoi ça…, je lui ai dit. J’aurais pu lui briser la nuque d’une seule main.
- Güero, le chef il t’cherche.
- J’ai pas de turbin, et de patron encore moins, j’ai dit, avant de m’envoyer la dernière gorgée de ma Tecate.
- Fais pas l’con, Güero. Celui qui t’cherche c’est le Señor.
Le Señor. Ça, c’était différent.
Me voyant changer d’expression, il a souri, montrant des gencives rouges pleines de dents pourries. Puis il m’a tendu un téléphone portable.
- Güero ? le mot claqua à l’autre bout de la ligne.
Aucun doute possible. C’était lui.
- A vos ordres, Señor.
- Où vous étiez, Güero, mon salaud ?
- Chez moi, patron, sur la tombe de ma p’tite vieille. En ce moment je suis à Monterrey.
- Ah, ce sacré Güero ! Et bon fiston avec ça. C’est ce qui me plaît chez vous, espèce de canaille.
- Et vous, Señor ?
- Moi ! je suis toujours à Topochico, mais un jour je vais me faire buter par ces connards. Heureusement, j’ai réussi à faire sortir ma famille du pays.
- Heureusement.
- Ecoutez, mon petit, à ce propos j’ai un petit travail dans les pattes, le genre de truc que vous seul savez bien faire…
J’ai senti un fourmillement dans les doigts.
- … si je suis ici, justement, c’est à cause d’un salopard qui bénéficie d’un dispositif de protection de témoins. Chaque fois qu’un nouveau procureur se pointe, ils jouent les très honnêtes et, illico, ils pensent qu’à une chose : copier ces putains de gringos. Connards, là-bas ils sont plus corrompus qu’ici.
- Oui, Monsieur.
- Qu’est-ce vous en dites, mon p’tit Güero ? Vous êtes preneur ?
J’ai hésité.
- Je suis en train de me retirer, patron. Pourquoi vous n’appelez pas Tamés et le Gros ?
- Pour le travail, y a personne comme vous, Güero.
J’ai eu peur. Avec ces types, on ne refuse pas un boulot aussi facilement. J’ai avalé ma salive et j’ai dit :
- Vous connaissez mes conditions, Señor.
- Je sais, je sais. Votre avance, mon p’tit, c’est Eusebio qui l’a, le gamin qui vous a donné le téléphone. Avec, il y a une photo et les informations.
Le gosse m’a tendu le tout dans une enveloppe.
- C’est plus que le tarif habituel, Señor, je lui ai dit, après l’avoir palpée rapidement, beaucoup plus.
- Ce boulot je vous le paye triple, mon p’tit Güero. Disons que c’est pour votre retraite.
J’ai soupiré, soulagé.
- Merci, patron.
Un silence sur la ligne, puis Señor a ajouté :
- Je vais vous regretter, sacré Güero. Et maintenant, foutez le camp avant que le message s’autodétruise dans trente secondes. Gardez le portable, mon numéro est le premier dans la mémoire.
- Le message s’auto… ?
Il avait déjà raccroché quand le gamin a tiré un flingue. J’ai tout d’abord pensé que c’était un piège. Un règlement de comptes. « Güero pauvre con, tu t’es fait entuber, il t’a eu aux sentiments », je me suis dit, mais quand j’ai vu qu’il pointait le pistolet sur sa tête sans cesser de rire comme un imbécile, avec ses dents pourries et ses yeux injectés de sang, j’ai compris le truc du message qui s’autodétruirait dans trente secondes.
Comme je sortais, j’ai entendu les entraîneuses pousser des cris. Puis le coup de feu. « Avec tout le respect que je vous dois, Señor, quel sens de l’humour à la con », j’ai murmuré à haute voix tandis que je me perdais dans les rues, croisant les gens qui venaient s’agglutiner devant les portes du bar pour voir le dernier macchabée de la ville.

[La suite en librairie]

Bernardo Fernandez, Une saison de scorpions, Moisson rouge/Alvik, 14 euros

jeudi 12 juin 2008

Tracks punk

Kriss Vilà interviewé par l'équipe de l'émission Tracks dans la galerie du Jour Agnès b. à l'occasion de la fin de l'exposition "Des jeunes gens modernes".

mardi 3 juin 2008

Chroniques domestiques (5) Bientôt la rentrée

On vous a déjà parlé de la drôle de relation qu'entretiennent l'éditeur et le temps. Eh bien là, on est en plein dedans. Parce que notre livre de la rentrée — oui, oui, septembre, c'est bien ça — est arrivé — oui, oui, on est en juin, c'est bien ça — et qu'on a la tête dans les enveloppes, on plie, on emballe, on colle, on tamponne (notre métier est parfois fascinant). Amis libraires, journalistes, noirs blogueurs, attendez-vous à recevoir nos jolis paquets et surtout notre Prière pour Dawn. Noir c'est noir, expérience littéraire garantie.
C'est tout pour la chronique domestique, je ne vous livrerai pas les secrets du pliage de communiqué de presse.

samedi 17 mai 2008

Un roman culte


C'était à la Semana Negra de Gijon, en juillet 2006, Moisson rouge n'existait pas encore, il y avait Cathy Fourez, Marc Fernandez et Jérôme Leroy, et parmi les dizaines de livres dont on entendait parler revenait souvent Tiempo de Alacranes, d'un certain Bernardo Fernandez, un jeune type sympa qu'on croisait tous les soirs à la terrasse du Don Manuel, le QG du festival. Bernardo Fernandez, alias Bef (son nom d'auteur de comics) a la trentaine, une dégaine de chef de gang et, disait-on, un talent fou. Rumeur confirmée le jour de la remise des trophées lorsque son livre, très soutenu par Paco Ignacio Taibo II, a remporté celui du premier polar en langue espagnol.
Comme ce fut le cas pour la plupart des gens rencontrés là-bas, nos relations ne se sont pas terminées avec le festival... Moisson rouge est née à l'automne et l'enthousiasme de Marc Fernandez a achevé de nous convaincre de publier Bef. Au début de l'hiver c'était plié, signé, fêté avec Alexandre Civico, son agent.
Le livre, Une saison de scorpions, remarquablement traduit par Claude de Frayssinet, est sorti le 15 mai 2008...

Un livre à déguster bien frais, dont on vous explique en dix points pourquoi il va devenir culte :

1°) VOUS APPRENDREZ CE QUE VEUT VRAIMENT DIRE LA PHRASE : « LE DOCUMENT S’AUTODÉTRUIRA DANS TRENTE SECONDES »

2°) VOUS ROULEREZ DANS UNE IMPALA 70 NOIRE, AVEC DES FLAMMES PEINTES SUR LES CÔTÉS, CE QUI N’EST PAS À LA PORTÉE DE TOUT LE MONDE.

3°) VOUS SAUREZ POURQUOI LA PSYCHOSE MEURTRIÈRE EST LA VALEUR LA MIEUX PARTAGÉE ENTRE SURVIVANTS SHOOTÉS DES GUERRES BALKANIQUES ET NARCOJUNIORS QUI S’ENVOIENT EN L’AIR SUR LES BANQUETTES ARRIÈRES.

4°) VOUS ALLEZ RETROUVER UNE AMBIANCE AUSSI VIOLENTE QUE CELLE D’ APPORTEZ MOI LA TÊTE D’ALFREDO GARCIA. D’AILLEURS, DEPUIS L’AU-DELÀ, SAM PECKINPAH A FAIT PART DE SON VIF MÉCONTENTEMENT DE NE POUVOIR TOURNER LE LIVRE ET IL CHERCHERAIT À JOINDRE TARENTINO, EN VAIN POUR L’INSTANT.

5°) LES PERSONNANGES DE CE ROMAN DÉTESTENT TOUS LE TRAVAIL, TOUT AU MOINS LE TRAVAIL HONNÊTE. ILS BOIVENT, FUMENT, SE DROGUENT ET FORNIQUENT DANS DES PROPORTIONS MANIFESTEMENT EXAGÉRÉES.

6°) CELA NE LES EMPÊCHE PAS D’ÊTRE DES MORALISTES PROFONDS, DÉLICATS ET PERSPICACES QUI DISPENSENT MAXIMES ET APHORISMES DE HAUTE TENUE : « IL NE FAUT PAS ÊTRE EN DETTE AVEC UN TRAFIQUANT D’ARMES », « NOUS ALLONS TOUS MOURIR », « BREF, DANS CE PAYS, IL YA BEAUCOUP DE FILS DE PUTE ».

7°) ON RETROUVE DES GÉNÉRAUX CORROMPUS COMME DANS IL ÉTAIT UNE FOIS LA RÉVOLUTION, DES GÉNÉRAUX « DÉVOREURS DE PIMENTS, INCAPABLES DE MAINTENIR UNE ÉRECTION PLUS DE TROIS MINUTES. »

8°) UN USAGE EXCESSIF DES ARMES À FEU EST OBSERVABLE TOUT AU LONG DE CE ROAD-MOVIE. ICI, NE PAS TIRER LE PREMIER PEUT NUIRE GRAVEMENT À LA SANTÉ.

9°) LES MÉCANICIENS SONT POÈTES, LES TUEURS À GAGES CINÉPHILES ET ON AIME MOURIR PRÈS DE LA MER.

10°) LIRE UNE SAISON DE SCORPIONS EST UNE VÉRITABLE EXPÉRIENCE SCHIZOPHRÉNIQUE : C’EST AU MOINS UNE DEMI DOUZAINE DE VOIX QUI VOUS PARLENT SIMULTANÉMENT DE CHOSES AUSSI ESSENTIELLES QUE LE SEXE, LA MORT, LE TEMPS ET LA RECETTE DU « TACO DE VENGEANCE »

Une saison de scorpions, Bernardo Fernandez, traduit de l'espagnol (Mexique) par Claude de Frayssinet, 14 euros.

... et il n'est pas content (3)

Le Drappier coule toujours à flots dans les locaux d'ILK (I like kolkhoze) tandis qu'en enfer on semble préférer le Jack Daniel's. Suite des aventures infernales de Lilith, Télémaque et leurs auteurs... morts.

— Et tu as accepté le PCV ? Un PCV de l’Enfer ? Mais ça va nous coûter bonbon… La comptable va péter les plombs !
Télémaque avait l’air furieux et angoissé, perdu dans les mille plateaux de cette matinée irrationnelle.
— Qu’est ce que t’en sais, toi, du prix d’une communication avec l’Enfer ? objecta Lilith. Tu reprends du Drappier ?
— Ouais, passe moi un Molexil aussi….
— J’en ai plus dit Lilith en cachant le tube vert bourré de barrettes blanches dans son décolleté vintage. C’était un haut en dentelle noire de 1942, très cocktail au Lutetia en compagnie de Doriot, Junger et des p’tits gars de la Carlingue, tout ça pour la somme dérisoire de quatre mille deux cent cinquante sept euros sur ebay et après des enchères enragées contre une gonzesse qui se disait la nièce du président Laval et qui aurait connu un éphémère succès yéyé dans les sixties avec un 45 tours intitulé « Viens voir les miliciens ! »
Télémaque se passa les mains sur le visage puis invoqua les mânes de Deleuze et Guatarri pour sauver ILK (I like kolkhoze pour les initiés) de la débâcle financière et du vent de folie qui semblait souffler dans les bureaux. Il essaya de mettre ses idées en ordre, ce qui est toujours très dur pour un partisan de l’antipsychiatrie.
Il se leva, tenta de plonger sa main dans les seins de Lilith pour récupérer le Molexil. Elle le repoussa en arrière, il retomba sur son siège directorial.
— Et comment tu sais que c’était Robert Bloch ?
— Parce qu’il me l’a dit…
— Il parlait anglais ?
— Non, serbo-croate… Bien sûr qu’il parlait anglais, eh, pomme !
— Et pourquoi il n’était pas content ? Elle est pourtant chiadée notre réédition de La Starlette infernale, non?
— En fait, il a juste eu le temps de dire qu’il n’était pas content, que c’était la croix et la bannière pour trouver une cabine téléphonique en Enfer, que ce rat de Fredric Brown lui avait passé de la monnaie en échange de trois bouteilles de Jack Daniel’s, qu’il se brûlait les pognes avec l’écouteur, qu’il fallait que je me magne les fesses d’accepter le PCV et que c’était quand même malheureux que les portables ne passent pas, tout ça parce que Belzebuth a été incapable d’acheter les âmes des opérateurs de téléphonie mobile qui sont encore plus diaboliques et malhonnêtes que tous les démons réunis. Et puis ça a coupé brutalement et une odeur de soufre a flotté dans mon burlingue. Sans charre, va voir Télémaque, c’est irrespirable…
Télémaque huma l’air du nez et dubitatif demanda :
— Il y a du Jack Daniel’s en Enfer ?
— Des cabines téléphoniques aussi, apparemment…Et des auteurs de polar, mais tu me diras que c’est moins surprenant … dit Lilith en achevant la bouteille de Drappier.
— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
— On ouvre une autre boutanche ?
— Non, je veux dire à propos de Robert Bloch ?
— On n’a qu’à attendre qu’il rappelle pour savoir ce qu’il veut exactement. De toute façon, il ne peut pas nous faire de mal là où il est.
Ce fut à ce moment précis qu’un bruit terrifiant vint de la kitchenette, immédiatement suivi d’un cri atroce.

vendredi 16 mai 2008

Moisson rouge et Agnès b. présentent...

lundi 12 mai 2008

La bande de Moisson rouge

Les moissonneurs...


... la moisson.

vendredi 9 mai 2008

Chroniques domestiques (4) : Céleste aka Dawn et concours


Tout le monde connaît le travail — les travaux — de Romain Slocombe. Alors quand j'ai annoncé qu'il allait photographier pour notre livre de la rentrée, Prière pour Dawn (Nathan Singer), ma délicieuse petite cousine Céleste, six ans et demi (à ces âges, les demis comptent), ça a ricané dans les chaumières. Tsss, j'ai dit, vous avez vu une seule créature attachée ou plâtrée sur les couvertures de Moisson rouge? Moi non plus.
Nous avons donc retrouvé lundi dernier vers cinq heures Céleste et sa mère, Florence, dans une petite rue (on cesse tout de suite de ricaner) du 14e arrondissement, devant un immeuble en briques que Romain avait repéré*. Céleste revenait d'un week-end à Amsterdam (j'ai dit la ferme au fond de la classe) avec ses parents, couverte de piqûres de moustiques et crevée, et là, une bande de sadiques lui demandait de bien vouloir poser à la sortie de l'école — en plus elle avait piscine — devant l'objectif d'un inconnu. À vrai dire Céleste n'avait pas très envie d'aller, et si on se remémore ce que pas très envie signifie quand on a six ans et demi, on mesure l'effort. Elle est arrivée timide en robe salopette, Converses roses et t-shirt à fleurs, planquée dans les pantalons de sa mère.
On papote cinq minutes et on s'y met, et quand elle s'aperçoit que le dispositif est tout sauf impressionnant — Romain travaille avec un petit appareil numérique — elle se prête illico au jeu. Et nous on regarde, et Florence nous explique tout ce que je viens de vous raconter, Amsterdam et la piscine, le pas très envie. Pendant ce temps, devant l'objectif, Céleste, debout, regarde les immeubles; elle s'assied en fixant ses Converses; elle lève les yeux au ciel, appuyée contre le mur. Manifestement, envie ou pas très, elle est à l'aise et suit à la lettre les instructions — douces et simples — de Romain.
La séance dure une petite quinzaine de minutes, au bout desquelles on libère (nan, pas de ses liens, c'est une image) la modèle qui va enfin pouvoir prendre son goûter. Romain est ravi, nous aussi. Il a pris des dizaines de photos mais en a d'ores et déjà sélectionné trois qui colleront parfaitement pense-t-il. On remercie et on s'en va.
Dès le lendemain, Michel Baverey, notre maquettiste, nous envoie deux propositions de couverture. Romain avait raison: les photos sont superbes et Céleste fait une parfaite petite Dawn. De l'avis général l'une des couvertures marche mieux, un plan serré sur le visage qui regarde le ciel, mais Hector et moi avons un faible pour l'autre, la gamine paumée en salopette qui regarde ailleurs. On se range cependant à l'opinion majoritaire et on se console en commandant des tirages de notre photo préférée.
Vous ne verrez pas la couverture avant le 3 juin, jour de la livraison de Prière pour Dawn... En attendant, quelques photos de notre ravissant modèle, toutes signées, donc, Romain Slocombe.



* CONCOURS (à propos du repérage):

Les cinq premiers qui trouveront où a été prise la photo de couverture des Vies parallèles, de José Ovejero, recevront un livre Moisson rouge.

Réponse à envoyer à jvernant@moisson-rouge.fr

Indice, c'est à Paris dans le 6e arrondissement.